Imaginez que votre téléphone lise chaque message, chaque photo et chaque fichier que vous partagez avant même que vous n’ayez appuyé sur « Envoyer ».
C’est le principe sur lequel repose Chat Control. Ce n’est pas encore une obligation légale en Europe. Mais le 9 juillet 2026, le Parlement européen s’est suffisamment rapproché de cette position pour que l’orientation soit sans équivoque : une majorité de députés européens a voté contre la réintroduction de l’analyse des messages sans mandat, et la mesure a néanmoins été adoptée. Le règlement permanent susceptible d’imposer une analyse effective sur l’appareil sera de nouveau examiné en septembre 2026.
Certaines entreprises du secteur technologique n’ont même pas besoin qu’on leur dise. Elles procèdent à ces analyses de leur plein gré depuis des années.
Voici les thèmes abordés dans cet article :
- Qu’est-ce que l’analyse côté client (CSS) et comment fonctionne-t-elle sur le plan technique ?
- Quelles sont les législations de l’UE et du Royaume-Uni qui alimentent Chat Control ?
- Ce que le scrutin du 9 juillet 2026 a réellement changé, et ce qu’il n’a pas changé
- Quelles sont les entreprises qui analysent déjà vos messages ?
- Comment vous protéger face à Chat Control
Allons-y.
Chat Control, c’est quoi concrètement ? L’analyse côté client expliquée
Chat Control désigne le projet de réglementation européenne qui vise à imposer, ou à autoriser, l’analyse de vos messages privés. Son cœur technique porte un nom : l’analyse côté client (CSS), qui consiste à vérifier le contenu de vos messages directement sur votre appareil, avant que le chiffrement ne soit activé.
Votre téléphone ou votre ordinateur analyse les textes, les images ou les fichiers et les compare à une base de données de contenus signalés. En cas de correspondance, le contenu est signalé.
Le chiffrement de bout en bout revient à glisser une lettre dans une enveloppe que seul votre destinataire peut ouvrir. L’analyse côté client consiste à lire cette lettre alors même que vous êtes encore en train de la rédiger. L’enveloppe reste scellée, mais votre vie privée est déjà compromise.
Ses partisans affirment que cette mesure est nécessaire pour détecter les contenus pédopornographiques (CSAM). Mais les chercheurs spécialisés dans la protection de la vie privée soutiennent que Chat Control met en place un système de surveillance de masse qui touche tout le monde, y compris vous.
Il convient de faire une distinction importante avant d’aller plus loin. La plupart des analyses effectuées aujourd’hui en Europe se font « côté serveur » : elles consistent à inspecter les messages non chiffrés une fois qu’ils ont atteint un fournisseur d’accès. L’analyse « côté client » est différente et plus intrusive, car elle transfère l’inspection sur votre propre matériel. Gardez cette distinction à l’esprit, car les deux volets de Chat Control se situent de part et d’autre de cette ligne de démarcation.
Comment fonctionne l’analyse côté client au cœur du Chat Control ?
Il existe deux approches techniques principales. Toutes deux s’effectuent sur votre appareil, avant que votre message ne soit chiffré et envoyé.
Correspondance de hachage perceptuel
Votre appareil convertit une image en une empreinte numérique (appelée « hash ») et la compare à une base de données d’images illégales connues. Si le hash correspond, le contenu est signalé et fait l’objet d’un signalement automatique. Aucun être humain ne le voit, sauf si le système déclenche une alerte.
Contrairement à une somme de contrôle classique, un hachage perceptuel résiste au redimensionnement, au recadrage et à la recompression. C’est là tout l’intérêt : il identifie la même image même après qu’elle a été modifiée. C’est également la raison pour laquelle cette technique s’applique si facilement à des contenus qui n’ont absolument rien à voir avec le matériel pédopornographique.
Trois systèmes prédominent.
PhotoDNA (Microsoft)
Il s’agit de l’outil le plus largement déployé de ce type. Il convertit les images en une signature en niveaux de gris basée sur une grille et les compare à des bases de données de hachages détenues par des organisations telles que le NCMEC. Microsoft en accorde de nombreuses licences, ce qui explique sa présence sur toutes les plateformes qui n’ont pas développé leur propre solution.
Match CSAI (Google)
Le système de Google, conçu pour la vidéo plutôt que pour les images fixes. Il génère une empreinte numérique du contenu vidéo et la compare à des contenus connus, puis transfère les résultats correspondants vers des files d’attente destinées à être examinées par des modérateurs humains.
PDQ (Méta)
L’algorithme de hachage perceptuel développé par Meta, publié en open source avec une version vidéo correspondante. Du fait de sa mise à disposition publique, il est devenu une implémentation de référence pour les plateformes qui développent leurs propres systèmes de détection en interne.
Classificateurs basés sur l’IA
La deuxième approche utilise des modèles d’apprentissage automatique pour détecter des contenus illicites jusque-là inconnus, en analysant des motifs visuels et textuels. On parle ici d’intelligence côté client : contrairement au simple hachage, le système ne se contente pas de reconnaître, il interprète.
Le hic ? Les classificateurs basés sur l’IA génèrent des taux de faux positifs élevés. Des photos inoffensives, telles que des images médicales, des clichés de famille ou même des œuvres d’art, peuvent être signalées à tort.
La comparaison de hachages pose la question suivante : « Avons-nous déjà vu exactement la même chose auparavant ? » Un classificateur pose la question suivante : « Est-ce que cela ressemble au type de chose que nous recherchons ? » La deuxième question est bien plus utile pour celui qui contrôle le modèle, et bien plus dangereuse pour vous.

Pourquoi aucun des deux ne peut se limiter à un seul objectif
Ces deux méthodes posent un problème plus profond. Une fois que l’infrastructure de scan est installée sur votre appareil, rien ne l’empêche techniquement d’être étendue.
L’analyse côté client pourrait être détournée pour signaler des discours politiques, des contenus religieux ou tout ce qu’un gouvernement jugerait « répréhensible ».
L’Internet Society met en garde contre le fait que le CSS compromet la sécurité et la vie privée des utilisateurs respectueux de la loi, tout en risquant de compromettre l’objectif d’application de la loi qu’il est censé servir. L’EFF a démontré pourquoi il est techniquement impossible de mettre au point un système d’analyse qui ne puisse être utilisé que dans un seul but. Une fois que ce mécanisme existe, son champ d’application relève d’une décision politique, et non d’une décision technique.
L’écosystème du Chat Control et de l’analyse côté client (CSS) est presque entièrement piloté par quelques grandes plateformes et gouvernements, qui décident des contenus à analyser, du fonctionnement de la mise en correspondance et du moment où un contenu est signalé. Aucun organisme de normalisation neutre ne supervise ces systèmes. Au contraire, le CSS s’appuie sur des outils propriétaires déployés sous la pression réglementaire, tandis que la société civile et les experts techniques se contentent d’exprimer leurs inquiétudes concernant la surveillance, la censure et le détournement de mission.
Chat Control : la réglementation européenne qui pousse vers l’analyse sur l’appareil
La volonté de l’UE d’imposer l’analyse des messages, baptisée Chat Control par ses détracteurs, constitue la menace la plus importante pour les communications chiffrées sur le continent. Mais cette situation n’a de sens que si l’on distingue clairement deux textes distincts.
Chat Control 1.0 : la dérogation volontaire
En 2021, l’UE a instauré une dérogation temporaire à sa réglementation sur la vie privée et les communications électroniques. Celle-ci autorisait les plateformes technologiques à analyser volontairement les messages non chiffrés à la recherche de contenus pédopornographiques.
Des services tels que Gmail, Facebook Messenger, Skype, Snapchat et la messagerie Xbox ont choisi d’adhérer à ce dispositif. Cette dérogation a été prolongée en 2024, sa date d’expiration étant reportée au 3 avril 2026.
Notez bien en quoi consiste ce dispositif : il s’agit d’une analyse côté serveur de contenus non chiffrés, à la discrétion du fournisseur d’accès. Il ne s’agit pas d’analyse côté client. Le terme « volontaire » revêt ici une importance particulière. Le choix appartient au fournisseur d’accès. Ni à vous, ni à aucun tribunal.
Chat Control 2.0 : la proposition du CSAR
En mai 2022, la Commission européenne a proposé un règlement permanent intitulé « Règlement sur les abus sexuels commis à l’encontre d’enfants ». Les détracteurs l’ont rapidement rebaptisé Chat Control 2.0.
Cette proposition va bien plus loin. Elle obligerait les fournisseurs d’accès à effectuer des analyses sur la base d’« ordonnances de détection » administratives, et selon le projet initial, cela s’étendrait aux services chiffrés de bout en bout par le biais d’analyses côté client.
C’est ce texte qui porte véritablement l’enjeu du CSS. La cinquième série de négociations tripartites s’est achevée le 29 juin 2026 sans qu’un accord ait pu être trouvé. Les pourparlers reprendront en septembre 2026, et le cœur du différend reste inchangé : d’un côté, le contrôle généralisé laissé à la discrétion du secteur ; de l’autre, la détection ciblée ordonnée par un juge à l’encontre de suspects avérés.
Chat Control : où en est-on aujourd’hui ?
Le 26 mars 2026, le Parlement européen a voté par 311 voix contre 228 contre la prolongation du régime volontaire. Le cadre juridique a expiré le 3 avril 2026.
La procédure a alors pris le relais. Le 7 juillet, le Parlement a adopté une procédure d’urgence à la majorité de 331 voix contre 304. Le vote proprement dit a eu lieu le 9 juillet, dernier jour de vote avant la pause estivale, alors qu’environ 112 députés européens étaient déjà absents.
Il en a résulté un paradoxe. 314 députés européens ont voté contre la prolongation. 276 ont voté en faveur de son maintien, et 17 se sont abstenus. Les députés européens ont été plus nombreux à voter « non » qu’à voter « oui ». Toutefois, pour qu’un rejet en deuxième lecture soit validé, une majorité absolue de l’assemblée plénière est requise, soit 361 voix. La motion a manqué 47 voix, de sorte que le texte du Conseil a été adopté par défaut.
La lecture, sans mandat, des messages non chiffrés est à nouveau légale jusqu’en avril 2028, ou jusqu’à ce qu’une réglementation permanente vienne la remplacer.

Deux amendements vous indiquent où se situe réellement le centre de gravité du Parlement face à Chat Control. L’un d’entre eux aurait limité le filtrage aux suspects identifiés par les autorités judiciaires : il a été adopté par 322 voix contre 255, mais a tout de même été rejeté à ce même seuil. L’autre a été adopté et exclut expressément les communications chiffrées de bout en bout du champ d’application de Chat Control 1.0.
WhatsApp, Signal et Telegram échappent donc désormais officiellement au champ d’application du régime volontaire. C’est un véritable signal en faveur du chiffrement, et il convient de préciser clairement ses limites : cela ne s’applique qu’à cette voie. Le CSAR reste le cadre dans lequel les obligations d’analyse côté client pourraient s’étendre aux services chiffrés. Une victoire tactique sur une colonne, mais pas une solution.
Autre point important à retenir : les opérateurs qui ont continué à effectuer ces analyses entre avril et juillet l’ont fait sans aucune base juridique européenne, et le vote de juillet ne comble pas rétroactivement cette lacune.
Malgré l’incertitude juridique, Google, Meta, Microsoft et Snap avaient déjà annoncé qu’ils continueraient à analyser les messages privés.
La réglementation permanente relative au CSAR fait toujours l’objet de négociations, et les discussions devraient reprendre en septembre 2026. C’est dans ce cadre que les gouvernements européens et britanniques continuent de plaider en faveur d’une analyse obligatoire sur les appareils, qui pourrait également concerner les communications chiffrées.

La loi britannique sur la sécurité en ligne : un Chat Control à l’anglaise ?
L’UE n’est pas la seule dans ce cas. La loi britannique de 2023 sur la sécurité en ligne adopte une approche similaire à Chat Control et va même, à certains égards, plus loin.
Ce que l’Ofcom peut exiger
Cette loi confère à l’Ofcom, l’autorité de régulation des communications du Royaume-Uni, le pouvoir d’exiger des plateformes qu’elles déploient une « technologie agréée » pour la détection des contenus. Les défenseurs de la vie privée mettent en garde contre le fait que cela pourrait impliquer une analyse sur l’appareil lui-même, notamment sur les téléphones et autres appareils, avant que les messages ne soient chiffrés.
En décembre 2025, le gouvernement a classé le « cyberflashing » et les contenus incitant à l’automutilation parmi les infractions prioritaires au titre de la loi, les dispositions réglementaires entrant en vigueur en janvier 2026. Cela a entraîné un renforcement des obligations en matière de détection des contenus.
Le pouvoir d’imposer un balayage figure déjà dans la législation ; ce qui manque, c’est la mise en œuvre concrète. Tant que l’Ofcom n’aura pas publié son cadre d’accréditation, ces pouvoirs resteront en suspens, mais ils n’ont pas disparu pour autant.
Remarquez le contraste : alors que l’UE vient d’exclure le chiffrement de son régime volontaire, le Royaume-Uni dispose de pouvoirs qui s’étendent au-delà de ce régime.
Comment Signal, WhatsApp et Apple ont réagi
Signal et WhatsApp ont tous deux déclaré qu’ils préféreraient quitter le Royaume-Uni plutôt que de mettre en place un système de scan sur l’appareil.
Apple a supprimé la fonctionnalité « Advanced Data Protection » pour les utilisateurs britanniques le 21 février 2025, après que le gouvernement, se prévalant des pouvoirs que lui confère la loi sur les pouvoirs d’enquête (Investigatory Powers Act), eut exigé un accès détourné aux données chiffrées d’iCloud. Plutôt que d’affaiblir son système de chiffrement, Apple a désactivé cette fonctionnalité au Royaume-Uni.
La contradiction fondamentale est évidente. Il est impossible d’analyser des messages chiffrés sans soit briser le chiffrement, soit analyser le contenu au préalable, et ces deux options compromettent le modèle de sécurité.
Chat Control aujourd’hui : quelles entreprises analysent déjà vos messages ?
Plusieurs grandes entreprises technologiques analysent déjà vos communications interpersonnelles, et pas seulement celles sur les réseaux sociaux ou les applications de messagerie instantanée. Cette analyse porte sur les e-mails, les discussions sur le cloud, les discussions dans les jeux vidéo et les messages privés.
Voici qui s’en charge, quels moyens sont utilisés et ce que cela signifie pour vous.
Analyses : Gmail, Google Chat Utilise : PhotoDNA et son propre système CSAI Match
Si vous utilisez Gmail pour votre correspondance personnelle, vos messages non chiffrés relèvent du champ d’application du dispositif rétabli le 9 juillet. Google a indiqué qu’il continuerait à analyser ces messages.
Méta
Analyses : Facebook Messenger, messages privés sur Instagram Outils utilisés : PhotoDNA et son système propriétaire PDQ
Meta analyse les plateformes sur lesquelles son système de chiffrement est facultatif ou inexistant. Les messages privés d’Instagram et les fils de discussion de Messenger pour lesquels le chiffrement de bout en bout n’est pas activé sont lisibles et peuvent donc être analysés.
Microsoft
Analyses : Outlook, Skype, messages Xbox. Utilise : PhotoDNA, qu’il a développé
Microsoft a développé l’outil de comparaison de hachages le plus largement déployé du secteur et l’utilise dans l’ensemble de ses propres services grand public, notamment la messagerie Outlook.
Snap
Analyses : messages Snapchat Utilisations : outils de comparaison de hachages
Le caractère éphémère de Snapchat ne fait pas exception. Les messages sont contrôlés avant de disparaître.
Vos messages sont-ils analysés ?
| Service | Ce qui a été analysé | Technologie | Cela relève-t-il du champ d’application de Chat Control 1.0 ? |
|---|---|---|---|
| Gmail / Google Chat | Courriels et discussions non chiffrés | PhotoDNA, CSAI Match | Oui |
| Messenger / Messages privés sur Instagram | Messages non chiffrés | PhotoDNA, PDQ | Oui |
| Outlook / Skype / Xbox | Messages non chiffrés | PhotoDNA | Oui |
| Snapchat | Messages | Comparaison de hachages | Oui |
| WhatsApp / Signal / Telegram | Rien (E2EE)* | — | Non, expressément exclu depuis le 9 juillet 2026 |
| Mailfence | Rien | OpenPGP E2EE | Non, le contenu des messages est inaccessible par principe |
L’exclusion relative aux services chiffrés ne s’applique qu’au régime volontaire. La proposition définitive relative au CSAR pourrait néanmoins imposer des obligations d’analyse côté client aux plateformes chiffrées.
*Un débat fait actuellement rage et certaines allégations circulent concernant l’analyse des messages privés sur WhatsApp. WhatsApp affirme publiquement ne pas être en mesure de lire les messages chiffrés de bout en bout et s’oppose à toute législation qui imposerait une analyse, côté client ou côté serveur, de l’ensemble des conversations ; ses concurrents et certains commentateurs affirment le contraire.
Comment se protéger du Chat Control et désactiver l’analyse côté client
La plupart des gens pensent que l’analyse des messages ne se fait que dans les applications de messagerie instantanée ou sur les réseaux sociaux. En réalité, Chat Control s’étend déjà aux e-mails, aux services de messagerie dans le cloud, aux chats de jeux vidéo et à tout service où les utilisateurs échangent du contenu. Sortir de cet écosystème, c’est choisir des services qui n’analysent pas vos communications interpersonnelles.
1. Choisissez des services qui ne reposent pas sur l’analyse du contenu
Certaines plateformes analysent vos communications, car leur modèle économique repose sur l’examen du contenu publié par les utilisateurs. D’autres ne le font tout simplement pas.
Les services qui mettent en œuvre un véritable chiffrement de bout en bout ne peuvent pas analyser vos messages, car ils n’y ont pas accès. Il s’agit là d’une caractéristique technique, et non d’une promesse marketing. Mailfence applique ce principe au courrier électronique, c’est pourquoi vos messages ne sont pas inspectés.
Mailfence n’analyse pas vos messages chiffrés, car il en est incapable. Un véritable chiffrement de bout en bout signifie que même l’opérateur du service n’a pas accès à votre contenu. Il ne s’agit pas d’une politique que nous pourrions modifier discrètement au cours du prochain trimestre. C’est une caractéristique inhérente à l’architecture.
Nos serveurs sont situés en Belgique et relèvent du RGPD ainsi que de la juridiction belge. Consultez notre rapport de transparence et notre « warrant canary » pour comprendre ce que cela signifie concrètement.
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2. Choisissez un prestataire dont le modèle économique ne repose pas sur vos données
Les grandes plateformes financées par la publicité analysent les messages car elles ont besoin de données comportementales. Ce n’est pas le cas des services axés sur la protection de la vie privée.
La juridiction est un élément important. Un prestataire belge est soumis au RGPD et à la législation belge en matière de protection des données, qui limitent strictement la manière dont le contenu de vos messages peut être réutilisé. Il ne peut pas simplement décider de le réutiliser à des fins d’analyse à grande échelle ou de profilage sans fondement juridique clair et sans respecter les règles relatives à la limitation de la finalité et aux droits des utilisateurs. Il s’agit là d’une protection plus solide qu’une simple promesse figurant dans les conditions générales d’utilisation.
3. Utilisez un véritable chiffrement de bout en bout
Un véritable chiffrement de bout en bout ne vous protège que lorsque votre appareil peut chiffrer librement, sans aucune ingérence. Chat Control modifie ce principe en inspectant le contenu avant le chiffrement, ce qui signifie que, qu’il soit chiffré ou non, votre message peut tout de même être lu.
Mailfence évite complètement ce problème. Notre implémentation d’OpenPGP chiffre vos e-mails directement sur votre appareil.
Opter pour un service de messagerie électronique qui privilégie la protection de la vie privée est l’une des mesures les plus efficaces que vous puissiez prendre. Votre boîte de réception contient des années d’informations personnelles, financières et professionnelles. Pour en savoir plus, consultez notre guide sur la sécurité des e-mails ainsi que nos bonnes pratiques en matière de sécurité des e-mails professionnels.
« Vouloir généraliser l’analyse côté client, c’est se méprendre sur ce qui fonde la confiance dans nos échanges numériques. La vie privée n’est pas une fonctionnalité qu’on désactive pour la remplacer par de la surveillance. Chez Mailfence, nous pensons que vos messages vous appartiennent, et qu’aucun gouvernement ni algorithme ne devrait pouvoir les lire avant que vous n’ayez cliqué sur « Envoyer». » – Patrick De Schutter, cofondateur de Mailfence
Chat Control : ce qu’il faut retenir
Dès que votre appareil analyse ce que vous tapez avant de le chiffrer, la notion de privé disparaît. À partir de là, ce n’est plus une question technique, c’est une question politique.
Le vote du 9 juillet n’a pas franchi cette ligne. Son effet a été plus discret, mais sans doute plus grave. Une mesure pourtant rejetée par une majorité de députés européens a survécu grâce à un seuil procédural, en pleine période de vacances parlementaires. Elle a ainsi obtenu deux années supplémentaires.
Le volet législatif qui concerne directement votre appareil, le règlement CSAR d’analyse côté client, reviendra à l’ordre du jour en septembre 2026.
Si ces règles entrent en vigueur, il y aura un « avant » et un « après » bien distincts, et chaque service devra décider de la manière dont il y répondra. Certaines plateformes intégreront peut-être une analyse côté client dans leurs applications. D’autres ne le feront pas.
Mailfence fait partie de ce second groupe pour des raisons structurelles plutôt que purement déclaratives. Lorsque vous utilisez nos modes de chiffrement de bout en bout OpenPGP ou par mot de passe, le contenu de vos e‑mails reste inaccessible à notre infrastructure.
Combiné à la juridiction belge et au RGPD, qui limitent strictement la réutilisation des données, cela rend l’introduction d’une analyse au niveau du contenu ou d’un profilage par Mailfence bien plus difficile qu’une simple modification des conditions générales d’utilisation.
L’analyse s’étend désormais aux e-mails, aux messageries instantanées, au stockage dans le cloud et aux jeux vidéo. C’est le choix des outils que vous utilisez qui détermine si vos messages restent privés.
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FAQ sur le Chat Control et l'analyse côté client
L'analyse côté client revient-elle à contourner le chiffrement ?
Non. L'analyse côté client ne compromet pas le chiffrement. Elle le contourne. Le contenu est analysé sur votre appareil avant que le chiffrement n'ait lieu, ce qui rend ce dernier inefficace en matière de protection de la vie privée.
Comment empêcher l'analyse côté client ?
Vous ne pouvez pas désactiver l'analyse côté client sur les plateformes qui la mettent en œuvre. La seule façon de l'éviter est d'utiliser des services qui ne l'implémentent pas et qui n'inspectent pas vos communications privées. Pour les e-mails, cela signifie choisir des fournisseurs proposant un véritable chiffrement de bout en bout, tels que Mailfence avec OpenPGP, où votre contenu est chiffré sur votre appareil et n’est jamais analysé.
Qu'est-ce que Chat Control et l'analyse côté client (CSS) ?
L'analyse côté client est le système qui examine vos messages, vos photos et vos fichiers sur votre appareil avant leur chiffrement, au cœur du projet Chat Control. Elle contourne la protection de la vie privée que le chiffrement de bout en bout est censé garantir, en inspectant le contenu en clair avant qu'il ne soit chiffré. Cela s'applique à tous les canaux de communication interpersonnelle, et pas uniquement aux applications de messagerie instantanée.
L'analyse côté client s'applique-t-elle uniquement aux applications de chat ?
Non. Cela s'applique à tous les canaux de communication interpersonnelle : e-mail, chat, messagerie dans le cloud, chat de jeux vidéo et messages privés sur les réseaux sociaux. Si l'analyse est obligatoire sur l'appareil, le type de service n'a aucune importance.
L'analyse côté client détecte-t-elle uniquement le matériel pédopornographique ?
Non. Cette technologie peut être étendue à d'autres catégories de contenus. Une fois l'analyse effectuée sur l'appareil, son champ d'application peut être élargi par le biais de modifications des règles ou de nouveaux modèles de détection.
L'analyse côté client peut-elle être utilisée à des fins de surveillance de masse ?
Oui. Cela ouvre la voie, sur le plan technique, à l'inspection des communications privées avant leur chiffrement. Une fois ce mécanisme mis en place, l'élargissement de son champ d'application relève davantage d'une décision politique que d'un défi technique.
Le Parlement européen a-t-il rejeté la proposition « Chat Control » ?
Une majorité des députés européens ayant pris part au vote a tenté de le faire. Le 9 juillet 2026, 314 d’entre eux ont voté contre la prolongation du régime de filtrage volontaire, contre 276 en faveur, avec 17 abstentions. Or, un rejet en deuxième lecture nécessite une majorité absolue de 361 voix, et la motion a échoué à 47 voix près ; la prolongation a donc été maintenue. L'analyse sans mandat des messages non chiffrés est désormais légale jusqu'en avril 2028.
Le vote de juillet 2026 signifie-t-il que mes messages chiffrés pourront être analysés ?
Non. Un amendement adopté le même jour exclut expressément les communications chiffrées de bout en bout du dispositif « Chat Control 1.0 ». Cette exclusion ne s'applique qu'au régime volontaire. C'est dans le règlement permanent de la CSA, qui fait toujours l'objet d'un trilogue et qui sera réexaminé en septembre 2026, que les obligations d'analyse côté client pourraient encore s'étendre aux services chiffrés.


